Illustration d'un crayon qui casse pour évoquer le changement de chemin à trouver plutôt que choisir la rupture conventionnelle par défaut comme stratégie de sortie au sein de son entreprise.

Rupture conventionnelle : l’outil par défaut qui perd son évidence  

Pendant des années, la rupture conventionnelle a été le couteau suisse des DRH. Rapide, souple, socialement indolore, elle est à la fois relativement peu coûteuse et tellement plus simple qu’un licenciement. Depuis le 1er janvier 2026, cet outil préféré coûte 10 points de plus. Rien de spectaculaire en apparence, pourtant c’est un réel signal stratégique. 

 

 

Depuis sa création en 2008, le dispositif a le vent en poupe. Résultat : 517 705 ruptures conventionnelles enregistrées en 2025 (DARES, 2026), soit un volume multiplié par 12 depuis ses débuts. Un record historique.

Un « succès » qui se voit néanmoins remis en question. Du côté patronal, la contribution versée à l’URSSAF sur la part exonérée de l’indemnité est passée de 30 % à 40 %, depuis le 1er janvier 2026. Pour les DRH qui utilisaient la rupture conventionnelle comme outil de gestion courant des départs, l’équation a changé. Pas au point de rendre le dispositif inutilisable, mais suffisamment pour justifier de revoir ses arbitrages.

À retenir 

Du côté salarié aussi, le dispositif change. Un accord entre partenaires sociaux de février 2026, en cours d’adoption définitive au Parlement, réduit la durée d’indemnisation chômage : de 18 à 15 mois pour les moins de 55 ans, de 27 à 20,5 mois pour les plus de 57 ans, avec une entrée en vigueur prévue en septembre 2026. 

Le mécanisme, en clair  

La rupture conventionnelle individuelle repose sur un principe simple : l’employeur et le salarié conviennent ensemble des conditions de rupture du contrat de travail, dans un cadre légal. La convention fixe notamment le montant de l’indemnité spécifique, qui ne peut pas être inférieur à l’indemnité légale de licenciement. Sur la fraction exonérée de cotisations sociales, l’employeur verse une contribution patronale à l’URSSAF : le « forfait social spécifique » (article L.137-12 du Code de la sécurité sociale). 

Jusqu’en 2025, ce taux était fixé à 30 %. Depuis le 1er janvier 2026, il est uniformisé à 40 %, quelle que soit la situation de l’entreprise ou du salarié. Cette uniformisation est elle-même un changement notable : certaines situations antérieures permettaient un taux à 20 %. Ce plancher n’existe plus. 

Un point technique à ne pas négliger : c’est la date de rupture, fixée dans la convention au lendemain de l’homologation par la DREETS, qui détermine le régime applicable (art. L.1237-13 du Code du travail). Ni la date de signature, ni la date de versement de l’indemnité. Pour les procédures engagées fin 2025 dont la rupture effective intervient en 2026, le taux de 40 % s’applique. 

Un impact qui ne pèse pas de la même façon pour tout le monde  

La hausse de 10 points est uniforme. Ses effets, eux, ne le sont pas. Plus l’indemnité est élevée, plus l’écart mécanique entre l’ancien taux de 30% et le nouveau taux de 40% devient visible.

En pratique

Pour un technicien avec 5 ans d’ancienneté et un salaire brut de 2 800 €, l’indemnité légale s’établit autour de 7 000 €. La contribution patronale passe alors de 2 100 € à 2 800 €.
Surcoût : 700 €. Absorbable.

Pour un cadre senior avec 15 ans d’ancienneté et un salaire brut de 6 500 €, l’indemnité négociée peut atteindre 45 000 €, dont 40 000 € exonérés. La contribution passe de 12 000 € à 16 000 €.
Surcoût : 4 000 €. Multiplié par plusieurs départs sur un même exercice, l’enveloppe budgétaire RH se retrouve sensiblement recalibrée.

Pourquoi cette hausse a un sens, et ce qu’elle dit du dispositif  

Pour comprendre le signal envoyé, il faut regarder comment la rupture conventionnelle a dévié de sa vocation d’origine. Conçue en 2008 pour sécuriser des départs négociés de manière ponctuelle, elle est progressivement devenue le mode de rupture du CDI le plus utilisé en France.

Suppressions de postes dans des réorganisations légères, fins de collaboration avec des seniors dont on ne souhaitait plus le maintien, départs « arrangés » pour éviter la procédure de licenciement… tout y passait, au nom de la simplicité. 

La hausse à 40 % envoie un message clair : l’État considère que ce confort a un prix, et que ce prix doit être porté par les employeurs qui en font usage systématique. Pour les DRH, cela se traduit concrètement : il n’est plus possible d’engager une rupture conventionnelle sans avoir chiffré son coût réel et évalué les alternatives. 

Les alternatives à remettre sérieusement sur la table  

La hausse du coût de la rupture conventionnelle individuelle ne signifie pas qu’elle doit être abandonnée. Elle rappelle simplement qu’elle doit être choisie, et non plus utilisée par défaut. Trois dispositifs méritent d’être reconsidérés. 

La rupture conventionnelle collective (RCC)  

Dès que plusieurs départs simultanés sont envisagés, la RCC est l’option à regarder en premier. Elle permet d’organiser des départs volontaires sans avoir à justifier de difficultés économiques, via un accord majoritaire avec les organisations syndicales représentatives.

Son avantage décisif : elle échappe au régime de la contribution patronale à 40 % applicable aux ruptures individuelles et s’inscrit dans un cadre financier distinct, souvent plus favorable à grande échelle

Son exigence : elle suppose un dialogue social structuré, un accord collectif valide et une communication interne soignée pour éviter les candidatures non souhaitées ou, au contraire, l’absence de volontaires. 

Le plan de départ volontaire (PDV)  

Dans un cadre de restructuration ou de réorganisation, le PDV permet d’organiser des départs sur la base du volontariat, avec un régime fiscal et social distinct de la rupture conventionnelle individuelle. La part exonérée est soumise à un forfait social de 20 %, soit deux fois moins que la nouvelle contribution de 40 %, dans la limite de 2 PASS sous réserve que le plan s’inscrive dans un cadre PSE. 

Son avantage décisif : c’est un outil qui préserve le climat social mieux qu’un licenciement contraint, tout en offrant une maîtrise des profils concernés.  

Son exigence : il implique, en revanche, une procédure plus formalisée, une information-consultation des représentants du personnel et une réflexion préalable sur les postes et populations visés. 

La transaction  

Moins évoquée, la transaction est parfois la solution la plus pragmatique pour solder un litige ou sécuriser un départ dans un contexte de tension entre l’employeur et le salarié. 

Son avantage décisif : elle ne suit pas le même régime que la rupture conventionnelle et peut, selon les situations, présenter des avantages financiers.  

Son exigence : elle suppose une situation conflictuelle préexistante ou un risque juridique identifié, et doit être rédigée avec précision pour être opposable. 

Quatre chantiers à ouvrir dès maintenant  

1 – Recalculer le coût réel de chaque départ  

Indemnité versée, contribution patronale à 40 % sur la part exonérée, droits conventionnels éventuels… : ce calcul doit devenir systématique avant d’engager toute procédure. Dans les organisations où il n’existait pas, le plus souvent parce que la rupture conventionnelle était perçue comme simple et peu coûteuse, c’est à mettre en place dès maintenant, en lien avec la direction financière.

2 – Actualiser les budgets prévisionnels de départ  

Toutes les simulations réalisées avec le taux à 30 % doivent être revues. L’écart peut modifier significativement les arbitrages entre dispositifs sur les profils à forte indemnité.

3 – Privilégier le collectif dès que plusieurs départs sont en vue  

La tentation de traiter les situations au cas par cas en ruptures individuelles, notamment pour éviter la lourdeur d’une procédure collective, mérite d’être reconsidérée dès que le nombre de départs dépasse un seuil significatif. Le surcoût cumulé peut dépasser le coût d’une procédure collective bien conduite.

4 – Former les managers avant qu’ils n’ouvrent la discussion  

Dans beaucoup d’entreprises, ce sont les managers qui abordent informellement le sujet du départ avec le salarié, bien avant que le dossier n’atterrisse dans les mains des RH. Un manager qui ne connaît pas le nouveau régime peut créer des attentes ou des engagements implicites sans avoir conscience du coût réel pour l’organisation. Une information ciblée s’impose.

Une réforme inscrite dans un rééquilibrage plus large  

Prise isolément, la hausse à 40 % ressemble à un ajustement technique. Replacée dans le contexte des réformes sociales de 2025-2026 durcissement du régime des arrêts maladie, refonte des allégements de charges avec la RGDU, hausse du coût du travail qualifié… , elle s’inscrit dans une tendance de fond : le rééquilibrage progressif du coût des ruptures de contrat vers les employeurs, après une décennie de flexibilité largement encouragée. 

La trajectoire du forfait social spécifique illustre d’ailleurs cette logique : 25 % à la création, 30 % en 2013, 40 % en 2026. Rien ne garantit que le mouvement s’arrête là.

La rupture conventionnelle reste un bon outil. Mais elle n’est plus un outil facile. Les entreprises qui s’y préparent en recalibrant leurs budgets, en formant leurs managers, en explorant sérieusement les alternatives collectives  auront un avantage réel sur celles qui découvrent le nouveau régime au moment de signer la prochaine convention.

FAQ – Vos questions les plus fréquentes sur la rupture conventionnelle

Le délai de rétractation est-il modifié par la réforme de 2026 ?

Non. Le délai de rétractation reste fixé à 15 jours calendaires à compter de la signature de la convention, pour l’une ou l’autre des parties. Ce délai est d’ordre public : il ne peut pas être réduit par accord, même si les deux parties souhaitent accélérer la procédure. C’est à l’issue de ce délai que la demande d’homologation peut être adressée à la DREETS, qui dispose ensuite de 15 jours ouvrables pour statuer. Seule la date de rupture effective, fixée au lendemain de l’homologation, détermine le régime de contribution applicable.

Quelles sont les conséquences si la DREETS refuse d'homologuer la convention ?

Le refus d’homologation rend la rupture sans effet. Le contrat de travail se poursuit comme si la procédure n’avait pas eu lieu. Les motifs de refus les plus fréquents sont : indemnité inférieure au minimum légal, vice du consentement suspecté, absence de signature des deux parties, ou salarié en arrêt maladie dans certaines situations. En cas de refus, les parties peuvent relancer une nouvelle procédure, sans délai imposé, mais en corrigeant les éléments qui ont motivé le refus.

Un salarié en arrêt maladie peut-il signer une rupture conventionnelle ?

Oui, sous conditions. La rupture conventionnelle n’est pas interdite pendant un arrêt maladie ordinaire, à condition que le consentement du salarié soit libre et éclairé. En revanche, elle est impossible pendant un arrêt consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle, sauf accord exprès du salarié dans un cadre très encadré. C’est un point de vigilance important : une rupture conventionnelle signée pendant un arrêt AT/MP est nulle de plein droit, avec un risque de requalification en licenciement sans cause réelle et sérieuse.

La rupture conventionnelle est-elle possible avec un salarié protégé ?

Oui, mais selon une procédure distincte et plus contraignante. Pour un salarié titulaire d’un mandat de représentant du personnel, délégué syndical ou tout autre statut protégé, la rupture conventionnelle n’est pas homologuée par la DREETS mais autorisée par l’inspecteur du travail. L’instruction est plus longue, plus approfondie et l’inspecteur vérifie notamment l’absence de lien entre la rupture et l’exercice du mandat. Un refus d’autorisation expose l’employeur à une requalification en licenciement nul.

Comment traiter la rupture conventionnelle d'un salarié en forfait jours pour le calcul de l'indemnité ?

Le salaire de référence retient la méthode la plus favorable au salarié. L’indemnité légale de licenciement, qui constitue le plancher de l’indemnité de rupture conventionnelle, se calcule sur la base du salaire brut moyen des 12 derniers mois ou des 3 derniers mois, selon la formule la plus avantageuse. Pour un salarié en forfait jours dont la rémunération comporte une part variable significative (bonus, commissions, primes…), l’assiette peut être sensiblement plus élevée que le seul salaire de base. C’est un point à vérifier systématiquement avant de fixer le montant de l’indemnité proposée.

La rupture conventionnelle ouvre-t-elle les mêmes droits au chômage que le licenciement ?

Oui, sur le principe, mais avec des conditions qui se durcissent. La rupture conventionnelle ouvre droit à l’allocation chômage dans les mêmes conditions qu’un licenciement, à condition de remplir les critères d’affiliation. En revanche, l’accord entre partenaires sociaux de février 2026, dont l’entrée en vigueur est prévue en septembre 2026, réduit la durée d’indemnisation : de 18 à 15 mois pour les moins de 55 ans, et de 27 à 20,5 mois pour les plus de 57 ans. Ce changement peut modifier la perception du dispositif par les salariés – et donc leur appétence à y recourir – ce qui est un paramètre à intégrer dans les négociations à venir.

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Avant de signer la prochaine convention, avez-vous chiffré le coût réel ?

Contribution à 40 %, effet sur les exonérations, alternatives collectives à explorer… L’équation a changé. mySilae Entreprise vous aide à simuler, arbitrer et sécuriser chaque départ.

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