Dés représentant l'égalité salariale entre femmes et hommes

Augmentations équitables, écarts persistants : le paradoxe de l’égalité salariale  

À première vue, les augmentations semblent réparties de façon équitable entre les femmes et les hommes. Mais cette quasi-parité ne suffit pas à effacer les écarts de rémunération déjà installés. Notre premier Baromètre social montre qu’en matière d’égalité salariale, la question n’est pas seulement de savoir qui est augmenté, mais aussi sur quelle base et dans quel parcours de carrière ces augmentations s’inscrivent. 

Quand les taux d’augmentation sont presque identiques, la tentation est grande d’y voir un signe d’équilibre. Pourtant, cette lecture peut être trompeuse. Une politique d’augmentation peut sembler neutre, tout en laissant subsister voire en reproduisant, des écarts de salaire déjà présents dans l’organisation. 

C’est précisément ce que met en lumière notre Baromètre social sur l’égalité salariale 2026 : si les femmes et les hommes sont augmentés dans des proportions très proches, cela ne signifie pas que l’égalité salariale est acquise. L’enjeu se déplace alors vers les mécanismes plus profonds de la rémunération.

Un écart de 0,24 point, et ce qu’il cache  

Les données du baromètre montrent que 36,34 % des hommes ont été augmentés, contre 36,10 % des femmes. L’écart n’est « que » de 0,24 point. Pris isolément, ce chiffre pourrait laisser penser que les politiques d’augmentation sont équilibrées.

Mais une augmentation appliquée sur un salaire déjà plus élevé n’a pas le même effet qu’une augmentation appliquée sur un salaire plus bas. Dit autrement, une égalité de traitement en pourcentage ne garantit pas une égalité de résultat en euros. 

L’augmentation annuelle agit souvent comme un amplificateur discret des écarts préexistants. Si les salaires de départ, les niveaux de responsabilité ou les trajectoires de carrière sont différents, le simple fait d’augmenter « à égalité » ne corrige pas ces déséquilibres. 

Graphique illustrant la quasi parité des augmentations de salaires entre femmes et hommes.

Le piège de l’égalité apparente  

L’erreur classique consiste à confondre équité de traitement et égalité de résultat. Deux salariés augmentés du même pourcentage ne voient pas nécessairement leur écart se réduire. Si l’un part d’une base plus élevée, l’écart absolu peut même rester important après revalorisation. 

C’est là que la lecture RH devient essentielle. Une politique salariale peut être « neutre » dans sa forme, mais insuffisante dans ses effets. Pour progresser réellement sur l’égalité salariale, il faut regarder l’ensemble de la chaîne de décision : embauche, positionnement initial, évolution, promotion et revalorisation. Chaque étape compte, et peut amplifier ou corriger ce qui s’est construit avant.

En pratique  

Une femme est rémunérée 36 000 euros brut annuels, un homme 40 000 euros. Tous deux bénéficient d’une augmentation de 3 %. 

  • Salaire de la femme après augmentation : 37 080 euros
  • Salaire de l’homme après augmentation : 41 200 euros

L’écart initial de 4 000 euros passe à 4 120 euros. Le pourcentage d’augmentation est identique, mais l’écart absolu, lui, s’est légèrement creusé.  

Quand le bon chiffre cache le mauvais système  

L’intérêt de ce chiffre de 0,24 point est justement de rappeler qu’un bon indicateur peut masquer une réalité plus complexe. Lire uniquement le taux d’augmentation – comme c’est le cas pour l’indicateur 2 de l’Index de l’égalité professionnelle – revient à observer la surface du système sans voir ce qui le structure en profondeur.

Trois dimensions sont particulièrement importantes :

  • Le salaire de départ : qui conditionne la base sur laquelle s’appliquent les augmentations futures. Un écart à l’embauche se retrouve mécaniquement dans chaque bulletin pendant toute la durée de la relation de travail.
  • Le niveau de responsabilité : qui influence le montant des revalorisations. Les postes les plus élevés concentrent généralement les rémunérations les plus importantes et les femmes y sont structurellement sous-représentées.
  • La progression de carrière : qui détermine l’accès aux postes les mieux rémunérés. Et c’est précisément là que les écarts se creusent.
Diagrammes sur les pourcentages d'augmentations salariales par statut

Taille, responsabilités, trajectoires : les vrais moteurs des écarts  

Quand on élargit la lecture, plusieurs facteurs structurels apparaissent :

  • La taille de l’organisation : les écarts de rémunération observés dans les entreprises de plus de 250 salariés sont nettement plus élevés que dans les TPE. La complexité hiérarchique, la concentration des fonctions stratégiques et la structuration des parcours internes accentuent les divergences salariales au fil du temps.
  • La distribution des responsabilités : les femmes restent minoritaires dans les fonctions dirigeantes. Or l’accès aux postes de décision constitue l’un des principaux moteurs des trajectoires salariales, et l’un des angles morts les plus persistants des politiques d’égalité.
  • La dynamique de carrière : l’écart de rémunération tend à s’accentuer avec l’âge. Ce n’est pas un hasard, mais la trace visible de décisions accumulées (promotions accordées ou non, mobilités facilitées ou freinées, responsabilités confiées ou retenues…).

Ces éléments rappellent une réalité que les campagnes d’augmentation annuelles ne peuvent pas corriger seules : l’égalité salariale se joue dans la façon dont les carrières se structurent, pas seulement dans la façon dont les budgets se répartissent.

À retenir  

Pour avoir une vision complète, le taux d’augmentation ne suffit pas. Cinq indicateurs complémentaires méritent un suivi régulier :

  • Les écarts de salaire à l’embauche
  • Les différences de progression entre femmes et hommes
  • La part des femmes dans les promotions et les postes de direction
  • La distribution des augmentations par niveau hiérarchique
  • L’écart entre moyenne et médiane, qui peut révéler une concentration des hauts salaires 

 Un signal encourageant, pas une preuve d’équité  

La quasi-parité des augmentations est un signal encourageant. Ce n’est pas une preuve d’égalité salariale pour autant. Notre Baromètre social 2026 le montre sans ambiguïté : l’enjeu se situe dans la profondeur des trajectoires à travers le salaire de départ, la progression, l’accès aux promotions, le positionnement dans l’organisation…

La directive européenne sur la transparence salariale va précisément dans ce sens. Les entreprises devront analyser leurs écarts, identifier les situations où ils dépassent certains seuils et être en mesure de les justifier. Ce ne sera plus suffisant de montrer que les taux d’augmentation sont équilibrés. Il faudra prouver que les trajectoires le sont aussi.

Pour les équipes RH, le chantier ne commence pas le jour où la directive s’appliquera. Il commence au prochain cycle d’augmentation. En regardant non plus seulement qui est augmenté, mais sur quelle base, de combien et avec quel effet réel sur les écarts.

Couverture du baromètre social Silae 2026 présentant une analyse des données issues des bulletins de paie pour étudier les dynamiques du travail en France

0,24 point d’écart sur les augmentations. 8,47 % d’écart sur les salaires. Les données racontent une histoire que les taux ne montrent pas

Le Baromètre social Silae analyse l’égalité salariale telle qu’elle est vraiment pratiquée dans les entreprises françaises, à partir de 6,7 millions de bulletins de paie. Pas de déclarations, que des faits.

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